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Pourquoi est-ce que je tombe toujours sur des personnes émotionnellement indisponibles ?

Au début, on peut mettre ça sur le compte de la malchance.

Tu rencontres quelqu’un qui te plaît vraiment. Il y a de l’attirance, de l’intensité, peut-être même cette impression rare que quelque chose se passe.

Puis la relation devient étrangement difficile à saisir.

La personne est proche un jour, distante le lendemain. Elle veut du lien, mais pas forcément la vulnérabilité qui va avec. Elle peut se comporter comme si vous étiez en couple tout en évitant soigneusement de dire ce que vous êtes.

La relation s’arrête.

Et quelque temps plus tard, tu rencontres quelqu’un d’autre.

Une autre histoire.

Mais une sensation étonnamment familière.

À ce moment-là, la question la plus utile n’est probablement pas :

« Qu’est-ce qui ne va pas chez moi ? »

C’est plutôt :

« Pourquoi ce type de relation exerce-t-il autant d’attraction sur moi ? »

Il n’existe pas une seule réponse. Et contrairement à ce que laisse parfois entendre la psychologie version réseaux sociaux, répéter ce type de relation ne prouve pas automatiquement que tu as un « style d’attachement » précis.

Il y a cependant plusieurs pistes intéressantes à explorer.

D’abord, qu’est-ce qu’une personne « émotionnellement indisponible » ?

L’expression est utilisée pour tellement de choses qu’elle finit parfois par ne plus vouloir dire grand-chose.

Quelqu’un n’est pas forcément émotionnellement indisponible parce qu’il répond moins vite à ses messages, a besoin de solitude ou préfère construire une relation lentement.

Il est plus utile de parler d’un schéma répété de difficulté à participer pleinement à l’intimité émotionnelle d’une relation.

Cela peut prendre différentes formes :

  • éviter la vulnérabilité dès que la relation devient plus intime ;
  • offrir de l’affection tout en refusant toute forme de dépendance mutuelle ;
  • se rapprocher puis prendre systématiquement ses distances ;
  • éviter les conversations sur les besoins, les émotions ou l’avenir de la relation ;
  • construire de fait une relation tout en refusant qu’elle puisse être définie ;
  • laisser constamment l’autre personne porter l’essentiel du travail émotionnel.

Le mot important est schéma.

Une conversation maladroite n’est pas un diagnostic.

Une réponse tardive non plus.

1. Ce qui nous est familier n’est pas toujours ce qui nous fait du bien

Nous n’arrivons pas dans nos relations adultes sans histoire.

Les recherches sur les « schémas relationnels » montrent que nos expériences passées peuvent contribuer à construire des attentes concernant nous-mêmes, les autres et la manière dont les relations fonctionnent.

Cela ne signifie absolument pas que ton enfance détermine mécaniquement les personnes dont tu tomberas amoureux ou amoureuse.

Mais ce qui te paraît normal, reconnaissable ou émotionnellement familier peut avoir une histoire.

Pour certaines personnes, la proximité ressemble au calme.

Pour d’autres, les relations les plus chargées émotionnellement ont longtemps été associées à l’attente, à l’incertitude, au fait de devoir s’adapter, de deviner l’humeur de l’autre ou d’essayer de se rapprocher de quelqu’un de difficile à atteindre.

Des années plus tard, une personne complètement différente peut recréer une atmosphère émotionnelle étonnamment similaire.

Et parfois, ce qui est familier ressemble à tort à quelque chose d’important.

Lorsque l’attirance est particulièrement forte, il peut donc être intéressant de demander :

Qu’est-ce qu’il y a d’autre, à côté de l’attirance ?

De l’incertitude ?

Une envie de poursuivre l’autre ?

Une distance qui rend chaque rapprochement extrêmement intense ?

Le soulagement ressenti lorsque l’autre revient enfin ?

Ces questions sont souvent plus intéressantes que l’étiquette « indisponible ».

2. Nos attentes autour de la proximité influencent ce que nous remarquons

Les recherches sur l’attachement adulte montrent bien que nous ne réagissons pas tous de la même façon lorsque la proximité ou la sécurité d’une relation semblent menacées.

Les chercheurs parlent souvent de deux grandes dimensions : l’anxiété d’attachement et l’évitement.

Une anxiété plus élevée peut notamment s’accompagner d’une sensibilité importante au rejet ou à la possibilité que l’autre s’éloigne.

Un évitement plus élevé peut être associé à davantage d’inconfort face à la dépendance, la vulnérabilité ou le fait de devoir compter sur quelqu’un.

Ce sont des dimensions, pas des identités figées.

Elles peuvent influencer ce que nous remarquons et l’intensité avec laquelle nous réagissons à l’incertitude.

Par exemple, une attention intermittente peut devenir particulièrement puissante lorsque le retrait de l’autre déclenche très vite la peur de perdre la relation.

Mais la réalité est plus complexe que le fameux raccourci :

« les anxieux choisissent les évitants ».

Les travaux sur les préférences amoureuses ne montrent pas une mécanique aussi simple.

L’attachement peut donc être une grille de lecture utile.

Il ne devrait pas devenir la réponse avant même d’avoir regardé ton histoire.

3. L’intensité peut masquer l’incompatibilité

Certaines relations produisent énormément d’émotions très rapidement.

Cela peut donner une impression de profondeur.

Parfois, cette profondeur existe réellement.

Parfois, il s’agit surtout d’activation émotionnelle.

Si une grande partie de la relation consiste à se demander :

  • Où est-ce qu’on en est ?
  • Pourquoi est-ce qu’il ou elle a disparu ?
  • Est-ce que j’ai fait quelque chose ?
  • Est-ce que cette personne finira par s’engager ?
  • Pourquoi hier était-ce si intense et aujourd’hui si froid ?

tu vas forcément beaucoup penser à cette personne.

Et cette présence mentale constante peut donner à la relation une importance gigantesque.

Mais penser à quelqu’un toute la journée n’est pas la même chose qu’être profondément compatible avec cette personne.

Un exercice utile consiste à séparer :

l’intensité de ce que tu ressens

de

ce que la relation t’apporte réellement.

Est-ce que cette personne est constante ?

Peut-on parler honnêtement ?

Nos besoins sont-ils raisonnablement compatibles ?

La proximité grandit-elle avec le temps ?

Ou suis-je surtout attaché(e) à la possibilité d’être enfin choisi(e) ?

4. Parfois, une personne indisponible nous protège aussi de certaines formes de vulnérabilité

C’est une piste plus inconfortable.

Une relation avec quelqu’un qui ne vient jamais complètement vers toi peut aussi éviter que toi, tu aies à vivre certaines formes d’intimité.

Tant que l’autre reste à distance, la relation n’a jamais besoin de devenir complètement réelle.

Toute ton énergie peut être consacrée à essayer de rapprocher cette personne.

Et cela évite éventuellement d’autres questions :

  • Que se passe-t-il lorsque quelqu’un dépend vraiment de moi ?
  • Qu’est-ce que je devrais montrer dans une relation réellement sécurisante ?
  • Que se passerait-il si quelqu’un me voyait vraiment et restait ?
  • Et si j’obtenais enfin ce que je dis vouloir… sans me sentir pour autant immédiatement en sécurité ?

Cela ne veut pas dire que tu as « choisi » d’être blessé(e).

Une relation est un système.

Il arrive que la distance de l’un s’emboîte avec les défenses émotionnelles de l’autre sans que personne ne l’ait consciemment décidé.

5. Et parfois… tu rencontres simplement les mauvaises personnes

Tous les schémas amoureux ne sont pas des blessures d’enfance.

Le contexte compte.

Le moment de vie compte.

Les personnes que tu rencontres comptent.

Quelqu’un peut être incapable de construire une relation à cause d’un deuil, d’un épuisement, d’une histoire précédente non terminée, d’objectifs incompatibles — ou simplement parce qu’il ou elle ne veut pas la même relation que toi.

L’introspection ne doit pas se transformer en culpabilisation.

Si trois personnes te traitent mal, cela ne signifie pas automatiquement qu’une partie inconsciente de toi souhaitait cette situation.

Une question plus utile serait :

Y a-t-il eu plusieurs moments où j’ai choisi d’ignorer une information que j’avais déjà ?

Par exemple :

Cette personne m’a dit qu’elle ne pouvait pas s’engager, mais j’ai pensé que notre connexion finirait par la faire changer d’avis.
Ses actes étaient incohérents, mais les bons moments étaient tellement forts que j’ai minimisé le reste.
Je savais que je faisais presque tous les efforts, mais l’idée d’arrêter était insupportable.

C’est dans ces moments-là que comprendre sa propre histoire peut devenir particulièrement intéressant.

Comment sortir du schéma ?

Pas simplement en apprenant une nouvelle liste de « red flags ».

La prise de conscience est importante.

Mais beaucoup de personnes comprennent parfaitement ce qui se passe alors qu’elles sont encore en plein dedans.

Il peut être plus utile de regarder ce qui se passe juste avant le comportement familier.

Lorsque quelqu’un s’éloigne :

Que se passe-t-il en toi ?

Lorsque quelqu’un est au contraire constant et disponible :

Comment cela te fait-il sentir ?

Lorsque tu ressens une attirance très forte :

Qu’espères-tu exactement qu’il se produira si cette personne finit par te choisir ?

Et lorsque tu imagines quitter une relation incohérente :

Qu’est-ce que partir semble vouloir dire sur toi ?

Ces questions ne portent plus seulement sur le comportement de l’autre.

Elles commencent à révéler la logique personnelle du schéma.

Tu n’as peut-être pas besoin d’une nouvelle étiquette. Tu as besoin de davantage de ton histoire.

« Anxieux. »

« Évitant. »

« Indisponible. »

« Fearful avoidant. »

Ces mots peuvent aider à organiser une expérience.

Mais ils deviennent limitants lorsqu’ils remplacent la curiosité.

Deux personnes peuvent avoir exactement le même comportement pour des raisons complètement différentes.

La question la plus intéressante n’est donc peut-être pas :

« Quel est mon type ? »

mais :

« Comment cette façon d’aimer est-elle devenue compréhensible dans l’histoire de ma vie ? »

Et cette réponse tient rarement dans un questionnaire générique.

Il faut suivre le fil de l’histoire.

Notes éditoriales / sources

Cet article est informatif et ne pose aucun diagnostic concernant l’attachement ou la santé mentale.

Base documentaire :